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Changer le collège, c’est possible ? La réponse d’André Giordan

Retrouvez notre entretien avec André Giordan dans la lettre d’information n° 16.

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[bleu violet] Les Atomes Crochus  : Vous venez de publier avec Jérôme Saltet un ouvrage intitulé Changer le collège, c’est possible ! aux éditions Play Bac. Qu’y préconisez-vous pour une école « innovante » et « idéale » ?
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André Giordan  : Il faut sortir le Collège de l’impasse actuelle ! Pour sortir de ce marasme, plusieurs idées novatrices peuvent être mises en avant ; elles prennent appui sur des innovations entreprises qui ont réussi...

1. Les savoirs, les savoir-être (c’est-à-dire les attitudes comme la curiosité ou l’esprit critique…), les savoir-faire (en d’autres termes les démarches comme la maîtrise de l’information, les démarches scientifique ou historique et surtout la démarche systémique, celle qui permet de comprendre les liens), mais également les savoir-vivre ensemble et les savoir-apprendre sont d’égale importance.

2. Le programme habituel est entièrement revu. Le Collège est centré sur l’essentiel des savoirs pour un jeune d’aujourd’hui. Des contenus disciplinaires devenus indispensables pour comprendre la société, comme le droit, l’économie, la psychologie, l’anthropologie sont ajoutés. La philo démarre dès l’entrée au collège. D’autres matières sont envisagées de façon transdisciplinaire autour de l’apprendre, de l’adolescence, de la connaissance de soi et des autres.

3. Le parcours scolaire est personnalisé par chaque adolescent. Chacun est différent, personne n’a la même taille de chaussures ! Il est réparti sur 3, 4 ou 5 ans en fonction des facilités ou des difficultés des élèves. L’organisation par classes disparaît au profit de groupes de vie, qui regroupent des élèves de tous âges.

4. L’emploi du temps des élèves n’est plus construit autour de la routine des cours d’une heure, mais autour de dispositifs très variés. Ce peuvent être des travaux personnels accompagnés, des séminaires, des conférences, des ateliers, des projets, des défis, des échanges de savoirs, des semaines à thème, etc.

5. Des pédagogies multiples centrées sur l’autonomie des élèves sont introduites. Les élèves sont en permanence « auteurs » de leurs apprentissages. Il n’est plus question de subir ! Et pour commencer d’attendre que le prof fasse son cours. Dès que l’adolescent entre au Collège, il est mis en situation d’apprendre, le plus souvent par lui-même. Il a cependant toujours à ses côtés une personne pour répondre à sa question, à sa préoccupation ou ses attentes du moment ! Le CDI, un cartable électronique deviennent des outils incontournables.

6. Une nouvelle manière d’évaluer les élèves est introduite. C’est la fin des notes ! Les élèves connaissent dès leur entrée au Collège les éléments de savoirs et de compétences sur lesquels porteront les évaluations. Chaque élève peut demander lui-même à être évalué, quand il se sent prêt, sur l’un des objectifs éducatifs.

7. Les « profs » ne sont plus les héros de leur discipline, mais des spécialistes de l’élève et des référents de culture ! Leur personnalité est valorisée ; ils deviennent des repères. Ils interpellent les élèves, les accompagnent, leur donnent le goût d’apprendre, les conduisent à prendre du recul et à faire le point sur leurs acquis. Pour être plus disponibles, ils font la totalité de leur temps de travail dans l’établissement. Ils ont à disposition un lieu et les moyens adéquats.

8. Les espaces éducatifs sont fonctionnels et très variés. Finies les salles de classe impersonnelles ! Chaque espace est personnalisé. Les élèves ou les groupes d’élèves personnalisent également leurs lieux. Bien sûr l’établissement prend en compte le développement durable.

9. Le Collège est une école du « positif ». Le jeune n’est jamais stigmatisé, les efforts sont valorisés. L’erreur n’est plus une faute, mais du matériel d’apprentissage. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas d’exigences dans cet établissement. Au contraire, celles-ci sont priorisées par des contrats. La sanction éventuelle devient un « plus », c’est-à-dire un travail pour la communauté.

10. Une forme de démocratie est vécue au quotidien par tous les acteurs du Collège, permettant un apprentissage concret à la citoyenneté.

Aucune de ces dix idées n’est du domaine du rêve ou de l’utopie. Toutes ont déjà été expérimentées avec succès. Et ce Collège ne coûtera pas plus cher que les collèges qui se créent aujourd’hui.

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