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Entretien avec Jean-Luc Dardaine, directeur de la MJC d’Ermont (95)

(version longue)

Un Espace des sciences a été créé au sein de la MJC d’Ermont en 2008. S’y tiennent ateliers, rencontres avec des scientifiques et expositions pour tout public. Depuis 2009, la MJC organise également le festival annuel "Étale ta science".

Votre MJC donne une place toute particulière à la culture scientifique : que pensez-vous que celle-ci peut apporter aux publics en matière de pédagogie et de lien social ?

Avant tout elle apporte une ouverture sur le monde qui nous entoure, du microscopique au géant.
Elle rejoint l’éducation populaire dans le « faire » : nous ne donnons pas des cours, ce que nous proposons aux jeunes est de chercher, de formuler des hypothèses, de faire des expériences, d’observer, de se poser des questions. Ce processus développe la curiosité et chacun se prend très vite au jeu, quel que soit l’âge. La culture scientifique démultiplie également la capacité à s’émerveiller : c’est dans le partage de cette capacité d’émerveillement, de ce questionnement et de cette recherche qu’on peut faire ensemble qu’elle me semble pouvoir être un élément de lien social.

Pensez-vous que les activités de culture scientifique mériteraient d’être davantage développées dans les structures de proximité ?

Bien sûr, mais une réflexion sur la forme la plus adaptée doit être envisagée avant de se lancer dans ce type d’activités. Peut-être parce que les sciences restent une activité perçue comme relevant de l’école, on trouve une audience plus grande sous forme de stage (pendant les vacances par exemple). Les ateliers de science rencontrent aussi du succès lorsqu’ils sont réalisés pendant les temps d’accompagnement éducatif. Ces initiatives habituent à la pratique de la recherche sous toutes ses formes et promeuvent une compétition positive avec soi-même, c’est pourquoi il est intéressant de les développer.

Pour ce qui est de la proximité, la démarche ponctuelle du public vers la science, par exemple à l’occasion d’une exposition, qui s’apparente parfois à une « consommation » de la culture, est complémentaire de notre approche, qui se situe davantage dans la durée. C’est une relation qui s’établit au fil du temps, permise également par la proximité de notre centre et du lieu d’habitation de notre public : il est plus facile d’y venir. Les activités se font plutôt en petits groupes de 8 à 10 personnes et non dans la foule. Chacun peut y développer sa propre recherche, ses propres réflexions, qui ne sont pas imposées.

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« Nous souhaitons montrer non seulement que la science peut ne pas être rébarbative, mais aussi qu’elle n’est pas seulement dans les grandes écoles, mais aussi là, dans les quartiers. »
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La science a-t-elle pour vous un rôle à jouer dans l’apprentissage de la citoyenneté ?

À travers les rencontres que nous organisons avec des scientifiques dans une ambiance sympathique, nous montrons qu’on ne les voit pas qu’à la télé et nous incitons l’assistance à leur poser des questions, ce qui forme également à la prise de parole en public. L’objectif est d’entrer, au-delà d’une simple transmission de savoirs et de « réponses », dans une dynamique de la connaissance au sens de Miguel Benasayag (faire des choses), de l’expression et de la palabre.

La prochaine étape consistera à faire dialoguer les programmes scolaires avec ces rencontres.

Mais plus largement chaque citoyen a intérêt à se mettre dans une posture où il va essayer de comprendre la complexité des choses pour, d’abord, s’enrichir soi-même de cette réflexion-là et ensuite participer au débat public. Bien trop souvent on nous demande d’être pour ou contre, dans l’opposition, et non de se concerter. Une démarche comme celle de l’opération QSEC (questions de science-enjeux citoyens) invite en ce sens les citoyens à s’emparer d’une problématique. Ils produisent quelque chose pour d’autres après un temps d’écoute, de recherche, de documentation et avoir dialogué sur des sujets de société, sans enjeu de loi à concevoir. Cela permet de pénétrer dans la complexité des choses pour essayer de comprendre un peu et de se faire une opinion : faire cela c’est participer à la vie sociale, citoyenne. Un tel dialogue n’est pas inné, c’est une habitude à prendre dans la vie de tous les jours. Le rôle de la MJC tel que nous le concevons est d’offrir ces lieux d’échanges, de débat, d’en créer les conditions. Cela prend du temps : il faut initier, trouver des personnes ressources qui vont fédérer d’autres énergies…

Votre MJC accueille de nombreuses animations et rendez-vous scientifiques : quelle vous paraît être la spécificité de celles des Atomes Crochus dans ce paysage ?

Nous cherchons à mettre en place une multiplicité des portes sur les sciences. Ce qui m’intéresse est notamment que vous proposiez un véritable spectacle, avec un contenu scientifique. La porte proposée par Les Atomes Crochus se prête particulièrement au contexte où nous avons programmé leurs activités : le festival Étale ta science. Comme son nom l’indique, cet événement est conçu comme une véritable fête : Ursule Fabulle ou
Mlle Lulle, clown qui déambule , s’inscrivent tout à fait dans l’esprit festif qui nous est cher.

Auriez-vous une histoire belle ou inattendue à nous raconter sur ce qu’a permis la création de cet espace pour le public ?

Nous avons vécu un beau moment lors du dernier festival Étale ta science avec son parrain, le physicien et académicien Yves Quéré. Cela a été une grande émotion de l’accueillir et de le rencontrer : il est resté avec nous toute la journée et a discuté avec les jeunes qui participaient. Il leur a parlé avec beaucoup de disponibilité et de simplicité. Cette expérience a été particulièrement réussie, mais d’une manière générale, les chercheurs que nous avons sollicités ont toujours été prêts à venir dialoguer avec le grand public.

Une autre belle rencontre a eu lieu lorsqu’une classe de Corbeil-Essonnes est venue l’an dernier au festival. Les jeunes avaient mis en scène La Fabuleuse Histoire de Fibonacci. Il nous paraissait important que des jeunes qui s’étaient mobilisés pour monter un spectacle autour de la science puissent le montrer à d’autres qu’à leurs parents et partager un moment avec les jeunes d’Ermont.

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